Le syndrome de la salle de sport appliqué à l’investissement

22/12/2025
Le syndrome de la salle de sport appliqué à l’investissement

Nous connaissons tous quelqu’un — parfois nous-mêmes — qui a pris un abonnement à la salle de sport en janvier… et qui n’y est presque jamais allé. Les intentions étaient bonnes, la théorie maîtrisée (« faire du sport, c’est bon pour la santé »), mais l’exécution a coincé.

L’investissement financier fonctionne souvent exactement de la même manière. On sait qu’il “faudrait s’y mettre”, on a lu des articles, écouté des podcasts, mais on repousse sans cesse le moment de passer à l’action. C’est ce que l’on appelle la procrastination financière.

Le problème n’est pas la connaissance, mais le passage à l’acte

Si investir était aussi simple que commander un panier en ligne, le débat n’existerait plus. En pratique, le blocage ne vient presque jamais d’un manque d’information. La plupart des épargnants savent qu’il est préférable d’investir plutôt que de laisser dormir leur argent.

Le vrai obstacle, c’est l’exécution : chercher une solution, comparer les options, comprendre les risques, fournir des documents, prendre rendez-vous… Pris individuellement, ces efforts sont modestes. Mais mis bout à bout, ils deviennent décourageants.

Résultat : on reporte. À demain, au mois prochain, à “quand j’aurai plus de temps”. Comme pour le sport, l’inaction semble neutre. Pourtant, elle ne l’est pas.

L’inaction a un coût bien réel

Dans un contexte d’inflation, ne rien faire revient parfois à reculer. Lorsque les prix augmentent plus vite que la rémunération de l’épargne, le pouvoir d’achat de l’argent diminue. Autrement dit, même sans perte visible sur un compte bancaire, la valeur réelle de l’épargne s’érode. Les institutions publiques comme la Banque de France et l’INSEE rappellent régulièrement cet effet, souvent mal perçu par le grand public.

Ce phénomène rend la procrastination financière particulièrement coûteuse, car le temps joue contre l’épargnant immobile. Plus on attend, plus l’effort à fournir plus tard devra être important pour compenser.

Quand la psychologie s’en mêle

La psychologie de l’épargnant joue un rôle central dans cette inertie. Les chercheurs en économie comportementale ont largement documenté les biais comportementaux en finance qui influencent nos décisions — ou notre absence de décision.

Parmi les plus fréquents, on retrouve :

  • L’inertie financière : une tendance naturelle à maintenir la situation actuelle, même si elle n’est pas optimale.
  • L’aversion à la perte : la peur de perdre 10 euros est souvent plus forte que le plaisir d’en gagner 10.
  • La surcharge cognitive : face à trop d’options ou d’informations, le cerveau préfère ne rien décider.

Ces mécanismes ne sont ni des défauts, ni des signes d’incompétence. Ils sont humains. Les reconnaître permet justement de les contourner.

Le parallèle avec la salle de sport

Revenons à la salle de sport. Ceux qui y vont régulièrement ne sont pas nécessairement plus motivés. Ils ont simplement réduit les frictions : une salle proche, un sac préparé à l’avance, un créneau fixe dans l’agenda.

En finance, c’est exactement la même logique. Plus le parcours est simple, plus la probabilité de passer à l’action augmente. À l’inverse, quand chaque étape demande un effort mental important, la procrastination financière s’installe durablement.

Comment sortir de l’inertie, sans pression inutile

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire de “tout comprendre” ou de devenir expert pour commencer. Quelques principes simples peuvent aider :

  • Accepter l’imperfection : comme pour le sport, mieux vaut commencer doucement que ne jamais commencer du tout.
  • Fractionner les décisions : aujourd’hui, je me renseigne. Demain, je choisis. Plus tard, j’ajuste.
  • Automatiser quand c’est possible : l’automatisation réduit la charge mentale et limite l’impact des biais émotionnels.
  • Se faire accompagner : un cadre clair et bienveillant aide souvent à passer du “je devrais” au “je fais”.

L’objectif n’est pas la performance immédiate, mais la mise en mouvement.

Investir, c’est surtout une question d’élan

La procrastination financière n’est pas un manque de discipline, mais une réaction normale face à la complexité et à l’incertitude. Comme pour le sport, le plus difficile n’est pas de continuer, mais de commencer.

Une fois le premier pas franchi, l’effort perçu diminue, la confiance augmente, et les décisions deviennent plus naturelles. Investir n’est pas réservé à une élite informée. C’est un processus progressif, qui gagne à être simple, accessible et aligné avec le rythme de chacun. L’essentiel n’est pas d’être parfait, mais d’éviter de rester immobile trop longtemps.


Sources